Potosi, une vite haute de contrastes
Samedi 3 :
Encore une journée bien chargée, enfin un peu moins quand même qu’hier. On n’a pas eu la nuit qu’on escomptait, grossière erreur nos fenêtres donnaient sur la rue, résultat entre les voitures, la procession à 6h du matin, les enfants jouant au ballon à 7h30, ça n’a pas été si bien que prévu. Enfin bon on a changé de chambre pour ce soir et on est allés à notre rythme aujourd’hui c’est l’essentiel.
Revenons-en à notre petit programme. Hier, après notre difficile journée on s’est retrouvés dans un resto bien moderne, tendance parisienne bobo, devant nos capirinhas, margaritas, piscos, on s’est quand même bien demandés où on était après nos heures de bus. On a apprécié une bonne pizza et un peu de détente, en se disant quand même que tous les gens qu’on avait rencontrés dans le bus devaient malheureusement passer une soirée beaucoup moins confortable que nous. Les grandes villes vont surement nous faire découvrir les contrastes de la société bolivienne.
En tout cas on est à plus de 4000m d’altitude et on le sent ! Ça se passe bien, mais on est assez vite essoufflés, et fatigués. On a fait un petit tour du centre historique, les rues montent assez raides, on a apprécié les bancs disséminés partout dans la ville ! On a eu de bons sentiments, il y avait pas mal de gens mais bon on était samedi, mais on s’est sentis bien. A tous les coins de rue, des églises, des clochers, de beaux balcons en bois.. Potosi a été une des capitales les plus riches du monde dans les années 1600 à 1800 et ça se voit vraiment.
En tout cas, si la famille Mazet était plutôt essoufflée, le représentant Faure s’est senti d’attaque pour la visite des mines de Potosi, l’attraction d’ici. D’énormes mines d’argent ont été découvertes au XVI et exploitées par les espagnols, c’est ce qui a fait la richesse et la renommée de la ville. 8 millions d’esclaves y ont péri, la cour d’Espagne s’est enrichie, la monnaie y a été frappée, bref la ville a été plus peuplée que les grandes capitales européennes, jusqu’au XVIII. Et même si pas mal de filons sont épuisées, les habitants d’ici continuent de travailler dans les mines, dans des conditions déplorables, en espérant trouver à nouveau l’argent qui les enrichira.
On a lâchement laissé Arnaud aller visiter les mines seul. L’altitude (jusqu’à 4500m) et le fait d’être dans des boyaux souterrains dans lesquels il faut se mettre à 4 pattes pour avancer nous a un peu fait peur et reculer. Pourtant, il vient de nous expliquer que c’était vraiment à faire. Il est revenu couvert de poussière et fatigué, mais hyper heureux d’avoir vu ces conditions atroces de travail. Les mineurs sont organisés en coopératives et vendent ce qu’ils extraient à ces groupements. Aujourd’hui ils trouvent principalement de l’étain, du cuivre et de l’argent. Après avoir vu l’usine d’extraction des minerais et les magasins dans lesquels les mineurs se fournissent en matériel, mais aussi en feuilles de coca et alcool à 96 degrés, ils sont descendus dans les boyaux.
Là, la température varie entre 10 et 45 degrés et les couloirs sont tellement étroits qu’il a fallu qu’il rampe. Ils étaient équipés de lampes et de combinaisons, et heureusement parce que ça a l’air d’avoir été assez physique. On se demande encore comment au XXIe siècle des gens peuvent encore bosser comme il y a 500 ans, entre 8h et 10h par jour, sans manger, seulement en mâchant leurs feuilles de coca à la lumière de leurs lampes frontales. Salaire des moins qualifiés, 800 pesos par mois, soit 80 euros. Seuls les plus anciens arrivent à gagner entre 8000 et 10000 pesos, soit 800 à 1000 pesos, mais au prix d’une espérance de vie tellement diminuée…
Une visite donc éprouvante et très marquante. Ça s’est quand même fini sur une note détonante, vu qu’ils ont acheté deux bâtons de dynamite qu’ils ont fait sauter.. Impressionnant quand on voit la vidéo, et la photo d’Arnaud qui tient le bâton déjà allumé !
On vient de finir la journée dans un petit resto bien sympathique où le patron a essayé de nos apprendre quelques mots de quechua, pas simple, l’histoire ! On a aussi assisté à la fête de la Vierge de la Merced, bref on a eu de la chance, concert de mexicains devant une église, et tout l’extérieur décoré de casseroles, cuillères, assiettes, vases, mais aussi de nounours et de jouets d’enfants. On a supposé que c’était prier pour ne pas avoir faim, et pour que les enfants puissent se nourrir correctement. C’était encore une fois très beau, très coloré, c’est vraiment très beau la Bolivie !